Mais ça veut dire quoi au juste, toutes ces naturalisations en Chine ? / International / Maldives-Chine / SOFOOT.com

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Alors que la Fédération chinoise a annoncé fin août que pas moins de neuf joueurs étrangers étaient en phase de naturalisation, l’attaquant Elkeson, né au Brésil, est devenu le premier joueur sans origines chinoises à être retenu en équipe nationale et pourrait faire ses débuts en sélection face aux Maldives ce mardi. Un tournant pour le football de l’Empire du Milieu, en proie à une vague massive de naturalisations, alors que la perspective du Mondial 2022 approche et que l’équipe nationale montre d’inquiétants signes de stagnation.

Puisque l’information a fait du bruit, il fallait bien traiter la chose cartes sur table. Le mercredi 21 août, l’attaquant du Guangzhou Evergrande Elkeson devenait le premier joueur naturalisé et sans origines chinoises a être retenu en équipe nationale, par le sélectionneur Marcello Lippi, à l’occasion du match que la Chine disputera face aux Maldives le 10 septembre, en vue des qualifications pour le Mondial 2022. Une grande première pour l’équipe nationale, qui a décidé le nouveau président de la Fédération, Chen Xuyuan, à expliciter la naturalisation puis la sélection du principal intéressé. Un phénomène appelé à prendre de nouvelles dimensions dans les mois à venir : « Nous voulons aller au Qatar. Les joueurs naturalisés peuvent apporter leur aide pour réaliser cet objectif à court terme de l’équipe nationale… Jusqu’à présent, les clubs ont inscrit à la Fédération neuf joueurs naturalisés, avec ou sans origines chinoises, dont certains sont toujours en procédure d’acquisition de la nationalité… »

Naturalisations maison

Une tendance tout à fait nouvelle dans le football chinois, qui se manifeste sous deux formes bien distinctes. Ce sont d’abord les joueurs étrangers d’origine chinoise et les grands clubs de la Chinese Super League qui ont mis en branle l’immense machine footballistique de l’Empire du Milieu. En janvier 2019, c’est le Norvégien John Hou Saeter, dont la mère est originaire de Luoyang, qui obtenait la nationalité chinoise et signait dans la foulée au Beijing Guoan FC. Il était ensuite rapidement imité par le milieu de terrain anglais Nico Yennaris (notamment passé par Arsenal, Bournemouth et Brentford), dont la mère est chinoise, qui signait lui aussi au Beijing Guoan. De quoi banaliser le processus de naturalisation des joueurs d’origine chinoise, qui prenait son essor au début de l’année en cours. Voilà qui ressemble à une stratégie d’évitement des régulations de la Fédération chinoise (CFA) de la part des clubs, alors que, depuis 2017, seuls trois joueurs étrangers peuvent jouer simultanément lors des matchs de première division.

22, revoilà Lippi

« Disons que cette vague de naturalisations répond à deux choses : d’un, les clubs ont pensé qu’aller naturaliser et recruter des joueurs ayant des origines chinoises leur permettrait d’accueillir des éléments étrangers dans leurs rangs, supposément plus forts que les joueurs locaux, pour être plus compétitifs, avance Tobias Zuser, enseignant-chercheur à la Hong Kong University School of Business et spécialiste du football chinois. De deux, Marcello Lippi, qui a repris la direction de l’équipe nationale en mai après l’avoir abandonnée en janvier, ferait pression en coulisses pour que les clubs naturalisent des joueurs, notamment des attaquants, alors qu’il estime que la Chine manque de talent offensif. » Dans cette optique, la naturalisation puis la sélection d’Elkeson n’est pas surprenante, même si le joueur n’a aucune ascendance chinoise.

Pour acquérir la nationalité, l’attaquant du Guangzhou Evergrande a eu recours a d’autres mécaniques légales. « Il y a deux façons d’acquérir la nationalité chinoise. Quelqu’un qui a des origines chinoises est automatiquement éligible, tant qu’il est prêt à abandonner son ancienne nationalité, reprend Tobias Zuser. L’autre manière de l’acquérir, c’est “pour d’autres raisons légitimes”. Ça a été utilisé très rarement par le passé, ce sont des gens qui ont apporté ou sont susceptibles d’apporter une grande contribution à la nation qui en ont bénéficié. Pour acquérir la nationalité, votre dossier doit être hyper costaud. Le cas échéant, les joueurs doivent avoir le soutien de la Fédération chinoise et du ministère des Sports. » Mais pour être éligible à l’équipe nationale de football chinoise, les joueurs doivent également être en phase avec le règlement de la FIFA : pour être sélectionné, un joueur n’ayant aucune ascendance avec le pays pour lequel il va jouer doit nécessairement avoir vécu sur le territoire du pays en question, au moins cinq années consécutives après ses 18 ans.

Stratégie court-termiste

Les questions techniques et légales évacuées, reste à savoir pourquoi la Chine s’est aussi soudainement mise à naturaliser des joueurs, d’abord d’ascendance chinoise, avant de carrément passer à la vitesse supérieure en octroyant la nationalité à des footballeurs dont les origines n’ont pas grand-chose à voir avec le pays. L’élimination de la sélection en quarts de finale de la Coupe d’Asie 2019, à la suite d’une humiliante défaite 3-0 face à l’Iran en quarts de finale de l’épreuve, a pu faire office de sonnette d’alarme. Marcello Lippi avait alors démissionné de son poste de sélectionneur, avant d’accepter de reprendre les rênes d’une équipe nationale définitivement à la dérive en mai dernier. Pour sauver la Chine, il se murmure que le Mister aurait demandé à la Fédération de faciliter et d’accélérer les naturalisations de joueurs étrangers, notamment de ceux qui n’ont aucun lien manifeste avec le pays, afin que la sélection puisse attraper son premier objectif : se qualifier pour le Mondial 2022. « Ils se rendent compte que, même s’ils ont mis sur pied des académies pour la formation, il faudra attendre au moins une génération pour que ça produise des résultats concrets, déroule Tobias Zuser. La naturalisation est une solution rapide au problème actuel. Ça ne correspond pas à l’agenda nationaliste chinois, donc ce n’est pour l’instant pas envisagé comme une stratégie à long terme. À court terme, en revanche, elle pourrait permettre à la Chine de se qualifier au prochain Mondial. »

La fédé’ siphonnée

Surtout, cette vague massive de naturalisations semble souligner le manque de vision de la CFA et des clubs qu’elle structure, alors que la Chine rêve d’un Mondial 2030 sur ses terres. Exemple révélateur, la Fédération avait annoncé en décembre 2017 la mise en place d’une régulation qui contraignait les équipes de Chinese Super League à aligner au moins le même nombre de joueurs locaux de moins de 23 ans que de joueurs étrangers, à chaque match de championnat. Avant de se rétracter lors de l’exercice 2019 (en cours), où seulement un joueur de moins de 23 ans doit obligatoirement débuter dans le onze type. « On a l’impression que les instances du football chinois sont dans la contradiction permanente, oui, confirme Tobias Zuser. Ça vaut aussi pour les clubs. Par exemple, Guangzhou, qui est perçu comme le club chouchou de la Fédération, avait expliqué deux ans auparavant qu’il ne jouerait plus avec aucun joueur étranger. Au début de cette saison, ils ont finalement dit qu’ils n’aligneraient que deux joueurs non chinois maximum par match. Puis, après avoir perdu quelques rencontres, ils ont abandonné l’idée… » Une absence de vision stratégique, que la nouvelle politique de naturalisation adoptée vis-à-vis des joueurs étrangers est censée combler. Du moins, en attendant qu’une ligne directrice émerge du chaos qui caractérise encore le football chinois et ses instances dirigeantes.

Par Adrien Candau
Tous propos recueillis par AC



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